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Reprise économique, risque d'inflation et conséquences

Reprise économique, risque d'inflation et conséquences

March 2021

Actualité macro-économique

Voilà plus d’un an que ces 5 lettres rythment la vie  économique : COVID. Et ce n’est pas encore ce mois-ci que cela va changer.

Sur les marchés, c’est l’actualité COVID qui pousse pourtant les investisseurs à voir l’avenir avec plus d’entrain. L’efficacité que semblent offrir les vaccins laisse entrevoir la lumière au bout du tunnel, et c’est dans ce contexte que la reprise économique mondiale semble se profiler.

Ajoutons à cela un gigantesque plan de relance aux États-Unis : 1900 milliards de dollars injectés dans l’économie américaine pour booster la relance. Cette montagne d’argent arrive pile avec une actualité COVID optimiste. Cela est peut être suffisant pour faire basculer les marchés financiers dans un nouveau paradigme, ou plutôt de les faire revenir à une situation plus « habituelle ».

De l’autre côté de l’atlantique, une fois n’est pas coutume (ironie), l’Europe se traîne. Sur le vieux continent, on en est plus à se demander si l’on est entré en récession ou non. Les mesures anti-COVID ayant eu un impact économique bien plus important que l’immobilisme américain sur ce sujet. Malgré tout, si reprise économique il y a, l’Europe suivra naturellement, avec son train de retard habituel. Le marché actions européen est en bonne position pour en profiter, tant il est sous-évalué et impacté par la crise COVID.

Reprise économique, inflation et retour de l’économie traditionnelle

L’année 2020 a vu les entreprises technologiques tirer les marchés boursiers vers le haut : pour s’en convaincre, il suffit de regarder l’évolution du S&P500 et surtout du Nasdaq, dont le poids des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft, mais aussi Tesla) est énorme, tandis que les chiffres macro-économiques étaient mauvais. Cette situation a permis d’observer une croissance des indices boursiers, dans un contexte de récession  et donc sans inflation. En conséquence, même les taux d’intérêt ont baissé et donc, les prix des obligations ont suivi la tendance à la hausse. Un contexte inédit qui a permis assez facilement d’obtenir de bons rendements sur les portefeuilles financiers alors même que l’économie allait mal.

Maintenant que l’on parle de reprise économique, les cartes sont redistribuées. Un retour de l’inflation ferait basculer les marchés avec plus ou moins de secousses.

Nous sommes des investisseurs individuels de long terme, et nous n’avons ni boule de cristal, ni l’envie de faire des prévisions hasardeuses. Nous devons regarder les chiffres, sans nous laisser embarquer par la masse d’informations et de théories sur l’avenir économique. Alors concrètement, qu’en est-il des chiffres de l’inflation ?

En zone euro :

Aux États-Unis :

En revanche, les anticipations d’inflation ont davantage bougé :

En Europe :


Aux États-Unis :

Nous observons que le mouvement se fait davantage sur les anticipations d’inflation, que sur l'inflation elle-même qui est encore faible: Les récents mouvements sur les marchés sont la conséquence d’une anticipation du risque inflationniste. Les investisseurs ont intégré ce risque et réattribué leurs allocations de portefeuilles pour s’y adapter (recherche de rendements plus élevés = vente des obligations n’offrant pas ce rendement). Les taux bas et le risque d’une hausse des taux sont donc pris en compte : les obligations ont vu leurs rendements augmenter après avoir ajusté leur prix à la baisse.

Un scénario de reprise économique néfaste aux marchés actions ?

Voilà des années maintenant que l’économie mondiale vit sous perfusion d’argent frais par les banques centrales et des taux d’intérêt historiquement très bas. Tout cela est efficace, tant que l’inflation reste gentiment sous les 2 % ou 3 %. Or, nous l’avons vu, les investisseurs craignent un retour de l’inflation et une surchauffe de l’économie américaine. Dans ce scénario, la FED (banque centrale américaine) et la BCE pourraient devoir durcir les conditions de crédit pour maîtriser l’inflation. Un durcissement des conditions de crédits et une montée des taux d’intérêt auraient mécaniquement un effet négatif sur le marché actions : c’est ce risque que les investisseurs intègrent dans le marché à travers la bascule du marché obligataire et action.

Une montée des taux d’intérêt trop brutale pourrait pénaliser à la fois le marché obligataire et le marché actions, même si ce dernier profite d’une embellie économique.

Ce n’est pas tant la montée des taux d’intérêt (consécutive à la montée de l’inflation) qu’il faudra surveiller, mais plutôt sa brutalité. Une montée contrôlée serait plutôt saine économiquement :

  • Désendettement progressif
  • Croissance économique maîtrisée
  • Visibilité pour les entreprises

Le risque inflationniste est-il réel ?

Un retour de l’inflation après le ralentissement économique de 2020 n’a rien d’anormal. Les industriels et entreprises se sont adaptés durant un an à une baisse de la demande, la machine économique est au ralenti. Elle doit maintenant faire face à une reprise et un retour de la demande. Cela crée naturellement une tension offre/demande qui pousse les prix vers le haut. Cette tension devrait se résorber dès lors que l’économie aura repris un rythme régulier, que les entreprises auront adapté leurs outils de production et embauché le personnel nécessaire.

De plus, le taux de chômage élevé en Europe et aux États-Unis laisse beaucoup de place avant de voir se pointer une tension à la hausse sur les salaires et donc, une spirale haussière prix/salaires.

Tous ces éléments plaident pour une reprise inflationniste de court terme, mais n’indiquent en rien le début d’un cycle de long terme. Les banques centrales ont beaucoup de marge de manœuvre, car leurs taux directeurs sont historiquement très bas : elles ont toutes les possibilités de les rehausser pour enrayer une hausse trop forte de l’inflation. Si elles les utilisent trop brutalement, l’impact sera négatif sur le prix des obligations.

Quelles pistes pour adapter son portefeuille à ce scénario ?

  1. Garder un œil sur la bascule factorielle Growth/value. On observe depuis quelques semaines des prises de bénéfices sur les entreprises de croissance, qui profite à l’investissement value. Cette tendance est alimentée par les biais économiques actuels : les valeurs massacrées pendant la crise COVID se paient à des ratios de valorisation très faibles, et ce sont elles qui profiteront le plus d’une reprise économique/la fin du COVID.
  2. Actions favorisées par la hausse des taux : les financières. Les banques et entreprises du secteur financier seront les premières à profiter d’une hausse des taux, qui amélioreront leurs marges. Attention toutefois aux entreprises qui présentent un mauvais bilan : trop d’endettement pourrait être problématique dans un contexte de hausse des taux.
  3. Surpondérer la part obligataire avec des obligations convertibles en actions, à taux variables ou indexés à l’inflation. Si votre portefeuille détient une part d’obligataire, vous pouvez envisager d’y privilégier des obligations convertibles (bancaires par exemple, pour profiter davantage d’une hausse de leurs actions), à taux variables ou indexés à l’inflation (pour amortir une hausse des taux). Vous pouvez également envisager de réduire les maturités obligataires et éviter les obligations de long terme.
  4. Risque de hausse des taux : attention à l’immobilier. Nous n’en sommes pas encore là, mais il faut garder à l’esprit que l’immobilier est un secteur qui profite des taux bas, et qui a recours à l’endettement. Il faut donc rester prudent à ne pas surexposer son patrimoine à cette classe d’actif dans un contexte où il est difficile d’imaginer des taux d’intérêt encore plus bas.