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Retour de la croissance sur des marchés chers, que faire ?

Retour de la croissance sur des marchés chers, que faire ?

April 2021

La crise du COVID 19 a été une grande inconnue économique et financière. Elle a apporté des distorsions dans l’économie et les marchés, dans un environnement de taux bas, voire négatif, déjà inédit. Il peut être opportun de parier sur un retour à la normale, comme nous l’avions vu dans la précédente newsletter. Les distorsions apparues durant la crise devraient progressivement revenir à la normale.

Environnement économique incertain

Les marchés sont imprévisibles : tout peut arriver. Alors quand en plus de cela, on navigue dans des eaux inconnues, il devient encore plus difficile de tracer un scénario clair. En revanche, cette fois, on sait qu’on ne sait pas ! Il va donc falloir plus que jamais être suiveur et revenir aux bases de l’investissement financier.

Quels sont les éléments nouveaux qui font de l’environnement économique actuel une exception historique ?

  1. Les taux bas, de manière prolongée. C’est du jamais vu. Peut-on aller plus bas ? Les taux vont-ils stagner sur ces niveaux ou remonter ?
  2. La masse monétaire gigantesque en provenance des plans de relance et des interventions des banques centrales
  3. La pandémie a eu des conséquences exceptionnelles, par leurs ampleurs et leurs brutalités, dans un sens comme dans l’autre, ainsi que par l’inégalité dans les secteurs économiques touchés.
  4. La gestion indicielle et les ETF qui prennent une part importante des flux financiers.

Selon Bank of America, sur les 5 derniers mois, les investisseurs ont injecté 576 milliards de dollars dans les fonds actions, soit plus qu’au cours des 12 dernières années cumulées (452 milliards de dollars) ! Cette augmentation des flux serait essentiellement à mettre à l’actif des ETF alors que les « mutual funds » seraient plutôt en décollecte, ce qui montre le caractère assez opportuniste et suiveur de cette hausse des encours.

Les flux en abondance sont-ils la seule raison de la hausse des actions ? Bien sûr que non, la reprise économique est bien attendue, et elle a déjà démarré : le commerce international repart.

évolution du commerce internationale en europe et en chine jusqu'en 2021

L’importance de la liquidité de son portefeuille

Peu importe les raisons, les marchés montent et il reste important, dans une optique long terme, de rester suiveur. Sortir des marchés au mauvais moment par crainte de perdre peut provoquer un coût d’opportunité manqué important, comme on peut le lire souvent sur Internet. Si vous manquez les 10 meilleures journées boursières, sur 30 ans, la différence de performance va du simple au double :

Perte constaté sur un investissement S&P 500 lorsqu'on rate les 10 meilleures journées boursières

Cette différence se fait lors des krachs, car la reprise qui suit est généralement forte. Il est donc important d’avoir la possibilité d’être liquide, en ces temps où les marchés sont haut :

  • Soit vous avez une épargne de précaution élevée, prête à être investi en cas de soldes sur les marchés
  • Soit votre portefeuille est diversifié (obligations, Or, Cryptomonnaies, actifs exotiques mais liquides), vous permettant d’arbitrer vers les actions lors des chutes des prix.

Nous l’avons vu, l’incertitude sur l’évolution de l’économie et des marchés est forte, la hausse peut continuer des années tant l’argent coule à flots. Avec une pandémie derrière nous, le retour à un standard économique semble profiter aux entreprises sous-évaluées.

Pourquoi le style « value » reprend des couleurs ?

Il est « défensif »

Historiquement, lorsqu’un krach boursier fait suite à une hypervalorisation des entreprises de croissance, les actions sous-valorisées ont largement surperformé le marché. Rendez-vous au graphique de fin pour le constater.

Une surperformance historique mise à mal depuis la crise de 2008

L’arrivée d’un nouveau cycle économique dit « normal » avec le retour d’une croissance économique assortie à une inflation (et donc une hausse des taux) maîtrisée est en faveur d’une surperformance des entreprises sous-valorisées. Ce scénario se mettrait en place dans un terreau fertile : le marché présente de telles anomalies de valorisation qu’un rattrapage est nécessaire, un jour ou l’autre.

La popularité de l’investissement passif en cause ?

La popularité de l’investissement passif avec les Fonds et ETF indiciels a très probablement son rôle dans les anomalies de valorisation. Les ETF entraînent des flux d’argent dans des paniers d’actions sans distinction de leur valorisation, nous en parlons dans notre guide. Les ETF sur les indices les plus populaires investissent mécaniquement des quantités énormes d’argent dans les entreprises qui ont des valorisations astronomiques : Le S&P500, le Nasdaq et même le MSCI World.

L’investissement purement passif risque de devenir de moins en moins efficace, victime de sa popularité grandissante. Les investisseurs particuliers vont devoir se creuser un peu plus les méninges et adopter une gestion indicielle plus active en sélectionnant les actifs, secteurs, zones géographiques et thématiques avec soins et logique.

Une stratégie active pertinente : Mean reversion

Mean reversion signifie retour à la moyenne. C’est une stratégie d’investissement qui tente de tirer profit d’une tendance naturelle de correction des excès et d’un retour à la moyenne. Quoi de plus pertinent en cette période où l’on s’attend à un retour à une économie plus « normale » ?

C’est statistiquement un moment idéal pour appliquer une stratégie Mean reversion sur la bascule Growth -> Value. Nous l’avons vu précédemment, historiquement le style Value surperforme le marché. Mais cela fait maintenant plus de 10 ans que la réalité est inverse. C’est peut être un nouveau paradigme de très long terme causé par l’environnement de taux bas qui favorise le style growth, peut être pas. Là n’est pas la question, personne n’est devin. En revanche, on peut imaginer qu’un rattrapage sera effectué, au moins à court/moyen terme.

Parce que des images valent mille mots, je vous ai préparé un graphique représentant la sur/sous performance des styles value et growth par rapport au marché :

Sur et sous performance des style valu et growth par rapport au marché depuis 1980

Lorsque la courbe monte, le style surperforme le marché et inversement. 

  1. Voyez comme le style growth surperforme le marché depuis 2007, après presque 30 ans de domination du style value.
  2. Voyez également comment, cycliquement, il y a un retour à la moyenne.
  3. Observez le comportement du style « value » après un krach qui suit une surperformance des entreprises « Gowth »”

En conclusion, à mes yeux privilégier à court/moyen terme le style value dans son portefeuille présente actuellement un rapport bénéfice-risque avantageux : Cela est défensif, dans un environnement incertain tout en étant porteur d’une potentielle surperformance des marchés, si le scénario macro-économique envisagé se réalise.