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Un nouveau cycle pour les marchés émergents ?

Un nouveau cycle pour les marchés émergents ?

May 2021

Les questions les plus posées actuellement concernent le contexte d’anticipations inflationnistes dont je vous ai déjà parlé dans une précédente Jacknews. Où en sommes-nous ? Je dirais, sans surprise, là où on l’avait anticipé : dans une situation de reprise de l’inflation US :

Courbe d'inflation des États-Unis de 2000 à 2021
Inflation sur 1 an glissant aux États-Unis depuis l'année 2000

Chiffres US à relativiser puisqu’on a un effet de base important : Il y a un an, en avril 2020, l’inflation avait nettement chuté à cause des effets de la crise COVID. On est davantage, pour le moment, sur un retour à la normale.

En Europe, mêmes causes, mêmes effets, mais en moins marqués :

courbe d'inflation en zone euro de 2000 à 2021
Inflation sur 1 an glissant en zone Euro depuis l'année 2000

Alors pourquoi est-ce que je vous montre ceci ? Parce que le retour de l’inflation est un vrai sujet pour la gestion de votre portefeuille financier : j’ai récemment reçu beaucoup de questions sur la manière de gérer son portefeuille en cas d’inflation forte. J’ai donc envie de vous parler d’un moyen moins connu de se positionner sur ce scénario inflationniste : 

Les marchés émergents !

Historique boursier des marchés émergents

Exposition quasi universelle pour la plupart des portefeuilles financiers, les marchés émergents ont eu un parcours boursier atypique, avec une période d’euphorie dans les années 90 et 2000 :

Historique boursier des marchés émergents comparé aux marchés développés
Historique boursier des marchés émergents comparé aux marchés développés en USD

Oui, mais voilà, depuis la crise financière de 2008, les marchés émergents sous-performent nettement les marchés développés, puisqu’ils retrouvent à peine leur niveau de 2007 :

Historique boursier depuis 2007 des marchés émergents comparé aux marchés développés
Historique boursier depuis 2007 des marchés émergents comparé aux marchés développés en USD

L’économie des marchés émergents est sensible aux prix des matières premières

La corrélation matières premières et marchés émergents

Une majorité des pays émergents sont exportateurs nets de matières premières. Non seulement l’économie de ces pays est intimement liée à l’évolution des prix des matières premières, mais il en est de même de leur performance boursière. Pour s’en convaincre, je vous propose d’observer l’historique de prix des matières premières et la performance boursière des marchés émergents au sein d’un unique graphique :

Historique des prix des marchés émergents comparé aux matières premières
Historique des prix des marchés émergents comparé aux matières premières en USD

Difficile de ne pas voir la corrélation, non ?

Situation macro-économique et matières premières en 2020

Sous l’effet de la politique monétaire accommodante, de la réduction de l’offre et de l’augmentation de la demande, les prix des matières premières pourraient faire un retour en force dans les années 2020-2030. C’est un bon signe pour les nombreuses économies émergentes qui dépendent des exportations de matières premières. À l’heure où la pandémie mondiale impose également des changements positifs, notamment des réformes économiques et une accélération de la révolution numérique, la reprise à attendre des prix des matières premières est une raison supplémentaire d’espérer une bonne décennie pour les marchés émergents.

Les plans de relance des deux plus grandes économies mondiales, les États-Unis et la Chine, sont concentrés sur l’investissement en infrastructures, consommatrices en matériaux de base.

Une hausse de la demande mondiale est attendue et l’offre pourrait ne pas suivre. Voilà de nombreuses années que les prix des matières premières sont en baisse, obligeant les exploitants à sous-investir. En conséquence, une hausse proportionnelle de la production et donc de l’offre pourrait mettre du temps à arriver, tirant les prix vers le haut.

La transition écologique et énergétique dans laquelle sont engagées les plus grandes économies pourrait également avoir un impact puissant sur la demande pour certaines matières premières. Pour les plus curieux, je ne vais pas vous laisser sur votre faim. Voici quelques exemples de matériaux qui pourraient être concernés par cette tension de l’offre et la demande :

Le cuivre

Il n’existe aucun substitut au cuivre, le conducteur le plus efficace. La demande devrait augmenter à mesure que le monde redessine l’économie dans un sens plus écologique, et l’offre diminue depuis des années. Les mineurs de cuivre ont découvert moins de nouveaux filons, lancé moins de projets à haut rendement et investi moins dans les dépenses d’investissement. Les stocks sont faibles. Au cours des cinq prochaines années, la demande croissante d’énergie solaire, d’énergie éolienne et de véhicules électriques pourrait accroître la demande annuelle de cuivre de trois millions de tonnes, soit environ 10 %.

Le platine

Le platine revêt un rôle essentiel dans la future économie de l’hydrogène. Catalyseur durable, il est utilisé à la fois dans la production d’hydrogène et dans les piles à combustible à hydrogène, qui constituent désormais une alternative de premier plan au moteur à combustion. Par rapport aux batteries, les piles à combustible sont plus légères et potentiellement plus pratiques pour les véhicules à grande autonomie. Elles peuvent être installées dans les voitures et les camions existants, et ne rejettent que de l’eau. Les gouvernements étant de plus en plus nombreux à faire pression pour développer l’hydrogène, la demande pour les seules applications dans le domaine de l’énergie et des transports devrait faire augmenter la demande annuelle de platine d’environ 28 tonnes, soit environ 12 %.

La valorisation des marchés émergents est plus avantageuse

Certes, la valorisation des marchés émergents n’est pas sur ses plus bas, mais elle n’est pas aussi élevée que celle des marchés développés et surtout des États-Unis.

Le PER (Price-Earnings Ratio) est un ratio de valorisation imparfait mais simple : c’est un rapport entre les bénéfices par actions de l’entreprise et le prix de l’action. Il dit « Voilà combien coûte 1 $ de bénéfice annuel ». C’est une vue rapide et universelle pour comparer les valorisations de marché.

À l’heure où j’écris ces lignes, les marchés développés ont un PER d’environ 23, les marchés émergents ont un PER d’environ 18. Cette différence de valorisation peut très bien s’expliquer. Mais elle indique un potentiel de revalorisation supérieur pour les marchés émergents.

Quels pays émergents présentent un bon potentiel ?

Ce ne sera pas une liste exhaustive, mais j’ai pris un peu de temps pour approfondir et j’ai identifié 3 pays présentant un bon potentiel :

Le Brésil

La situation actuelle au brésil est compliquée, y investir serait risqué, mais le potentiel est réellement puissant à mes yeux :

Le Brésil est un gros exportateur de soja, de pétrole et de minerai de fer. Principalement vers la Chine et les États-Unis.

  • Le soja pourrait profiter de nouvelles réglementations positives pour les biocarburants, notamment aux États-Unis.
  • Le pétrole est l’un des tout premiers produits de base qui voit son prix augmenter lors d’une expansion économique : il a un poids fort dans l’inflation
  • Les minerais de fer pourraient voir leur demande augmenter en lien avec les grands investissements d’infrastructures des deux plus gros clients du Brésil : La Chine et les États-Unis.
  • Le Brésil est surtout un exportateur d’une très grande diversité de matières premières.

La valorisation actuelle du Brésil est sous la moyenne de marchés émergents avec un PER de 15.

L’Afrique du Sud

L’Afrique du Sud pourrait voir son économie tirer profit et de l’inflation et de la transition économique :

  • C’est un gros producteur d’or : le deuxième mondial. Si l’or joue bien son rôle de protection contre l’inflation, l’Afrique du sud est en bonne position.
  • L’Afrique du Sud est un mastodonte de la production de platine mondiale avec 75 % de l’offre. Avec le cuivre, le platine, catalyseur durable, est un métal indispensable à la future économie de l’énergie verte.

La valorisation actuelle de l’Afrique du Sud est sous la moyenne des marchés émergents avec un PER de 17.

Le Chili

L’économie du Chili est parfaitement positionnée pour la transition vers les énergies renouvelables :

  • Premier producteur mondial de cuivre avec ⅓ de la production.
  • À mesure que le marché du carburant hydrogène se développe, la demande devrait augmenter particulièrement vite pour l’hydrogène « vert », produit à partir d’énergies renouvelables plutôt que de combustibles fossiles. Le Chili, qui est déjà une source importante d’énergie éolienne et solaire, pourrait également devenir un producteur d’hydrogène vert à faible coût.

La valorisation actuelle du Chili est sous la moyenne de marchés émergents avec un PER de 14.

Les marchés émergents profitent d’un dollar faible

Le dollar pourrait continuer de s’affaiblir après une hausse presque ininterrompue d’une décennie après la crise financière mondiale. L’aggravation des déficits locaux et fédéraux, des taux d’intérêt relativement bas et la reprise économique mondiale pourraient continuer de peser sur le dollar, rendant la dette des pays émergents plus soutenable.

Conclusion

Nous avons connu ces dernières années une expansion économique faible assortie d’une baisse constante des matières premières, d’une inflation et de taux d’intérêt faibles. L’explosion de la masse monétaire a profité aux actions des marchés développés, principalement US : des marchés financiers propulsés davantage par la quantité d’argent que par l’expansion économique.

Le combo magique de cette stratégie réside dans une expansion économique inflationniste : C’est un quadruple effet kiss cool qui permettrait de booster les marchés émergents grâce à 

  • l’ » envolée » des prix des matières premières
  • La faiblesse du dollar
  • La quantité d’argent qui pourrait se réorienter sur ces marchés
  • L’expansion économique mondiale

Sur un horizon de 2 à 10 ans et un scénario inflationniste, une exposition de son portefeuille aux marchés émergents devient alors non seulement une protection contre l’inflation, mais potentiellement un boost pour votre portefeuille financier à l’heure où les marchés ont statistiquement peu de chance de faire de grosses performances en raison de la valorisation élevée des marchés développés.